On constate au cours des derniers décennies que les efforts pour comprendre les théories qui sous tendent l'approche clinique sont passés à l'arrière plan des préoccupations du psychiatre. Le psychiatre est désormais obligé d'adopter une certaine manière de juger ou de préjuger des rapports du physique et du moral, du cerveau et de la pensée, de la constitution de la personne et du milieu, etc. Il existe quatre grandes écoles en psychiatrie: (1) l'école des théories psychogénétiques des facteurs de milieu; (2) l'école des théories psychogénétiques de l'inconscient pathogène; (3) l'école des théories organogéniques mécaniques; (4) l'école des théories organogéniques dynamistes. 1. Théories psychogénétiques des facteurs de milieu1.1. Psychiatrie moraleLes maladies mentales sont considérées comme l'effet de causes “émotionnelles”. Ces facteurs émotionnels ont été recherchés dans les situations plus ou moins dramatiques de l'existence (émotions, événements sociaux, catastrophes, passions, déceptions sentimentales, deuils, abandon). Ces “causes émotionnelles” se réduisent toujours à un radical commun: le rôle pathogène des difficultés de l'existence. Comme ces difficultés sont toujours “émotionnelles”, on observe que chez tout homme il existe toujours un conflit entre le désir et sa satisfaction, entre l'idéal et le réel, d'où manifestation de l'action de l'émotionnel sur le physique et l'intervention de l'action de la pensée et des sentiments d'autrui. On parle donc de la “Psychiatrie émotionnelle” de Baruk. 1.2. NévrosesCette théorie a été reprises sous une autre forme par la psychiatrie contemporaine tout spécialement pour les névroses. Les maladies mentales sont alors vues comme des réactions psychogénétiques aux situations vitales ou à des échecs de l'adaptation (“maladjustments”, mauvais conditionnement par les facteurs d'environnement). 1.3. Pathogénie écologiqueLa pathogénie écologique (facteurs de milieu) s'est étendue à d'autres formes de maladies mentales plus graves (mélancolie et manie réactionnelles, délires paranoïaques d'interprétations ou de relation, réactions schizophréniques, etc.). 1.4. Théories sociogéniquesLa maladie mentale est considérée comme un effet de la structure sociale et de la pression qu'elle exerce sur l'individu. 2. Théories psychogéniques de l'inconscient pathogèneLes maladies mentales sont considérées comme des manifestations symboliques de l'inconscient pathogène. L'inconscient a deux points essentiels:
C'est le conflit de ces forces inconscientes avec le Moi et la réalité qui détermine les maladies mentales. 3. Théories organogéniques mécanistesLa maladie mentale est conçue comme l'effet d'un processus cérébral biologique, ce qui permet de la considérer, avec l'observation clinique, comme une maladie, un accident pathologique au sens médical du terme. Sur le plan clinique, on définit les symptômes de la manie, la mélancolie, la schizophrénie, les névroses obsessionnelles, l'hystérie, etc. composées de symptômes (troubles psychomoteurs, sentiments, idées, humeur, illusions, troubles intellectuels, etc.) comme étant déterminés directement par des lésions de tel ou tel système fonctionnel cérébral. 3.1. Automatisme mental de G. ClérambaultIl englobe l'écho de la pensée, le parasitisme idéo-verbal, etc. 3.2. Neuropsychiatrie contemporaine de KleistIci, on parle de localisations cérébrales telles que la perception, la mémoire, la synthèse du Moi propre, du Moi social, du Moi corporel, se manifestant sous forme de syndrome de dépersonnalisation, d'influence, de pensée compulsionnelle, d'état hallucinatoire, etc. 3.3. Doctrine de PavlovPavlov insiste sur les réflexes conditionnés par des stimuli extérieurs, les troubles du mécanisme cérébral de conditionnement (névroses, idées fixes, délires d'influence, obsessions). 4. Théories organogéniques dynamistesLes maladies mentales sont constituées par la désorganisation de l'être psychique à des niveaux divers, cette désorganisation étant conditionnée par des facteurs organiques. 4.1. Modèle de JacksonJackson a mentionné la bio-neurologie:
4.2. Œuvres de A. Meyer, de H. Claude, de Kretschmer, de Monakow et Mourgue, de J. Delay:La théorie d'organogenèse et psychogenèse des maladies mentales est fondée sur la notion de structure hiérarchisée de l'être psychique depuis ses instincts, sa fonction neurovégétative et ses fonctions neuropsychiques jusqu'aux formes supérieures de l'intégration du comportement, de la pensée et de la personne. 4.3. Automatisme psychologique et psychopathologie des névroses de Pierre JanetLa chute de la tension psychologique est le concept majeur d'une organogenèse dynamique de la maladie mentale. Ces quatre positions doctrinales ne sont pas toujours retenues dans leur proposition originelle par les auteurs qui, plus ou moins éclectiques, les adaptent quelque peu. Mais ce sont des dispositions de base, des tendances doctrinales qui définissent assez bien pour chacun l'esprit dans lequel l'adhérent à la doctrine envisage les problèmes psychiatriques. On peut dire que les tenants des positions I et II adoptent une sorte de position négative: la psychiatrie n'a rien à voir avec la pathologie, la neurologie et les sciences de la nature. Pour les tenants de la position III, la psychiatrie se confond purement et simplement avec la neurologie. Pour les tenants de la position IV, la psychiatrie est une pathologie somatique qui est une branche des sciences médicales. Mais son objet est distinct de celui de la neurologie : la neurologie a pour objet la désintégration des fonctions neuropsychiques de base et la psychiatrie a pour objet la maladie mentale qui tout en étant conditionnée par un désordre cérébral représente une régression supérieure et plus totale et complète de l'être humain.
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