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Objectifs:
- Connaître les différents types d'entretien;
- Savoir établir une bonne relation avec le malade;
- Etre capable de mener un entretien avec le patient;
- Avoir une écoute active et un bon langage corporel.
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La capacité de mener un entretien efficace est un
des points critiques de la pratique médicale. Un entretien bien
conduit permet de rassembler les informations nécessaires pour
comprendre et soigner le patient, tout en améliorant la
compréhension et donc de l'assentiment du patient
vis-à-vis des conseils du médecin. Tout entretien peut se
diviser en 3 étapes principales, chacune d'elle
nécessitant des techniques et des compétences
particulières: le début de l'entrevue, l'entretien
proprement dit et la conclusion.
Ekkehard Othmer et Sieglinde Othmer décrivent quatre dimensions dans l'entretien psychiatrique:
- Etablir la relation;
- Evaluer le statut mental du patient;
- Utiliser des techniques spécifiques;
- Diagnostiquer.
L'interrogateur doit présenter l'image de
quelqu'un qui ne cherche pas à juger, mais qui est
intéressé et bienveillant, sinon il risque de ne pas
obtenir des informations potentiellement cruciales.
De nombreux facteurs influencent le contenu et le déroulement de l'entretien:
- La personnalité et le caractère du
patient, qui influencent ses réactions, et le contexte
émotionnel dans lequel se déroule l'interrogatoire;
- La situation clinique – entre autres
l'endroit où est vu le patient, hôpital
général, hôpital psychiatrique, urgences, ou en
externe – qui détermine le type de questions posées
et les recommendations;
- Les facteurs techniques, comme les interruptions
par le téléphone, l'utilisation d'un interprète,
la prise de notes, le confort physique de la pièce;
- Le moment de l'interrogatoire dans le cours de la maladie, en phase aiguë ou lors d'une rémission
- l'expérience de l'interrogateur joue aussi un rôle significatif
- les moments choisis pour les interjections, comme des “hmm” ,
qui influent sur ce que dira ou ne dira pas le patient qui,
inconsciemment, essaye de suivre les indices subtils que lui
présente le médecin.
1. Styles d'entretien d'Othmer et Othmer
Othmer et Othmer considèrent que ces objectifs impliquent deux styles d'entretien:
-
Le style intuitif ou psychodynamique
qui tend à mettre à jour et à interpréter
les conflits, anxiétés et défenses inconscientes.
-
Le style descriptif ou orienté
sur les symptômes qui met l'accent sur la classification des
plaintes et les dysfonctionnements en catégories diagnostiques
spécifiques.
Ces deux styles sont complémentaires. Le
diagnostic du patient sera d'autant mieux défini que l'on aura
tiré au clair le plus précisément possible les
symptômes, l'évolution et les antécédents
familiaux du patient, tout en cherchant à comprendre sa
personnalité, son développement personnel et ses conflits
inconscients.
Etablir une relation avec le patient constitue la première étape de tout entretien psychiatrique.
Othmer et Othmer estiment que la création de la relation repose sur six stratégies:
- mettre le patient et l'interrogateur à l'aise;
- identifier la douleur et exprimer de la compassion;
- évaluer la conscience du trouble qu'a le patient et devenir son allié;
- faire preuve de compétence;
- établir l'autorité en tant que médecin et thérapeute;
- maintenir un équilibre entre les rôles d'écoute empathique, d'expertise et d'autorité.
L'incapacité d'un médecin à
établir un bon rapport avec son patient explique souvent
l'inefficacité de ses soins. L'existence même de ce
rapport implique compr é hension et confiance réciproques .
Les facteurs psychosociaux et économiques ont une
profonde influence sur les rapports humains. Il est donc important que
le médecin ait une connaissance aussi bonne que possible de
l'environnement culturel de son patient. Les différences de
statut social, intellectuel et d'éducation peuvent contrarier ce
rapport.
Chaque stress subi laisse une trace et continue de se
manifester tout au long de la vie, suivant l'intensité de ses
effets et la susceptibilité de chaque individu.
L'élément significatif n'est peut-être pas le
stress lui-même mais la réaction de la personne à
son égard.
La mise en place d'un rapport authentique dépend
aussi de la compréhension d'autres facteurs interpersonnels
complexes comme le transfert et le contre-transfert .
• Transfert
Le transfert se définit en général
comme l'ensemble des attentes, des convictions et des réponses
affectives du malade dans sa relation avec le médecin.
• Contre-transfert
Tout comme le patient vit un transfert dans sa relation
patient-médecin, le médecin, lui aussi, a souvent des
réactions de contre-transfert vis-à-vis de ses patients.
Le contre-transfert peut prendre la forme de sentiments négatifs
qui perturbent le rapport, mais il peut aussi consister en des
réactions exagérément positives,
idéalisatrices ou même érotisées.
2. Déroulement de l'entretien
2.1. Débuter l'entretien
La manière dont un médecin débute
un entretien et engage la communication fournit au patient une
première et puissante impression qui influencera toute la suite
de l'examen. Un patient est souvent anxieux pendant sa première
rencontre avec un médecin, il se sent vulnérable et
intimidé. Un médecin capable d'établir rapidement
la relation, de mettre son patient à l'aise et de lui
témoigner du respect, est en bonne voie pour diriger un
échange d'informations productif. Cet échange est
essentiel pour pouvoir poser un diagnostic correct et établir
des objectifs de traitement.
Le médecin doit d'abord s'assurer qu'il
connaît le nom du patient et que le patient connaît le
sien. Le médecin doit se présenter à toute
personne accompagnant le patient.
Le médecin pourrait voir le patient en
présence de l'un de ses membres de sa famille ou un ami si le
patient le souhaite. Mais le médecin devrait également
savoir demander gentiment à une tierce personne de le laisser
seul avec le patient.
2.2. Question d'introduction
Une fois les présentations faites et le contact
établi, il peut être approprié et utile, en
introduction, de poser une question du genre: “Pouvez-vous me parler des problèmes qui vous amènent aujourd'hui?” ou “Parlez-moi de ce qui vous arrive” . Faire suivre cette question par une autre question du même type: “Quels troubles avez-vous eu?”
apporte souvent un surcroît d'information que le patient
hésitait à donner initialement. Cela indique aussi au
patient que le médecin est intéressé par tout ce
qu'il a à dire.
Le médecin qui n'est pas conscient des stress
dans la vie de ses patients risque de passer à côté
de ses peurs et de ses questions non inexprimées, compromettant
d'autant l'efficacité des soins qu'il peut leur prodiguer.
2.3. Entretien proprement dit
Pendant l'entretien, le médecin met en
évidence d'une manière détaillée les
troubles dont souffre le patient. Il doit le faire de manière
systématique afin de permettre une identification claire des
problèmes impliqués, dans un climat de collaboration de
travail empathique avec son patient.
Contenu et processus:
- Littéralement, le contenu d'un entretien consiste en ce qui est dit entre le médecin et le patient: les questions discutées, les sujets abordés.
- Le processus de l'entretien comprend
également ce qui se passe dans l'ordre du non-verbal, entre le
médecin et le patient, ce qui se passe, pourrait-on dire, sous
la surface.
- Le déroulement de l'entretien implique des sentiments et des réactions qui sont inconscients ou inavoués.
Techniques spécifiques d'entretien
-
Questions ouvertes et questions fermées : interroger
un patient implique de trouver un équilibre délicat
entre, d'une part, lui permettre de raconter son histoire à sa
manière, et, de l'autre, parvenir à obtenir les
informations nécessaires pour le diagnostic et le traitement. La
plupart des experts s'accordent sur le fait que l'entretien
idéal débute par des questions ouvertes, se poursuit avec
d'autres plus spécifiques, pour se terminer par des questions
précises et détaillées.
-
Réflexion: dans la
technique de réflexion (du reflet), le médecin
répète au patient de manière encourageante une
chose que ce dernier a dite. Le but de la réflexion est double:
le médecin s'assure qu'il a bien compris ce que le patient
essaie de dire, et il lui fait savoir qu'il perçoit ce qui est
en train de se dire. C'est une pratique empathique qui permet au
patient de savoir que le médecin écoute et comprend ses
préoccupations.
-
Facilitation: le
médecin aide le patient à poursuivre l'entretien en
fournissant des signes, verbaux ou autres, qui encouragent le patient
à parler. (par exemple: hocher la tête, se pencher en
avant, dire “Oui, et alors…” ou “Hmm,
continuez”.
-
Silence: le silence peut
avoir de multiples significations au cours d'une conversation
ordinaire, y compris celle de la désapprobation ou du
désintérêt. Il peut être un
élément positif dans une relation médecin-patient,
pour permettre au patient de réfléchir, de pleurer, ou
simplement de se sentir dans un environnement qui l'accepte et le
soutient, et où le médecin montre que chaque instant ne
doit pas forcément être consacré à la
parole.
-
Confrontation: la
confrontation a pour but d'aider le patient, de manière directe
mais respectueuse, à affronter ce qui doit l'être. La
confrontation nécessite une certaine habileté pour
éviter d'engendrer de l'hostilité chez le patient ou de
le mettre sur la défensive.
-
Interpretation: la
technique d'interprétation est le plus souvent employée
lorsque le médecin déclare quelque chose à propos
du comportement ou de la pensée du patient, dont celui-ci n'est
pas forcément conscient. Cette technique implique une
écoute attentive des thèmes et des motifs sous-jacents
à l'histoire du patient.
-
Résumé:
régulièrement au cours de l'entretien, le médecin
doit prendre un temps pour résumer rapidement ce que le patient
a dit jusque là. De cette manière il s'assure, et il
assure son patient que l'information qu'il a perçue est bien ce
que le patient a voulu lui dire.
-
Révélation personnelle:
dans certaines circonstances, il peut être utile que le
médecin révèle, de manière discrète
et limitée, certains aspects de la vie personnelle. Il est
important qu'il soit à l'aise et qu'il sache communiquer un
sentiment d'équilibre personnel.
-
Renforcement positif: la
technique de renforcement positif permet au patient de dire tout ce
qu'il veut au médecin, sans être embarrassé,
même s'il explique qu'il a cessé de suivre le traitement
qui lui avait été prescrit. Le médecin facilite
une liberté dans l'échange en donnant au patient
l'impression que rien de ce qu'il dira ne pourra le perturber.
-
Conseil: dans de
nombreuses situations, il est non seulement acceptable mais souhaitable
que le médecin conseille son patient. Si on veut qu'un conseil
soit efficace et qu'il puissse être perçu comme empathique
plutôt que comme inadapté ou abusif, il est indispensable,
avant de le donner, de permettre au patient de parler librement de ses
problèmes; le médecin a alors une base d'informations
adéquate à partir de laquelle il peut faire des
suggestions.
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Entretien de patients psychotiques:
Les patients psychotiques ont souvent un
discernement limité, des pensées plus concrètes
qu'abstraites, et ne sont pas toujours réceptifs à
l'approche psychologique ou à l'introspection.
Il faut respecter les aspects techniques suivants:
- Ne pas essayer de dissuader les patients de parler de de leurs convictions délirantes;
- Ne pas se moquer
d'éléments bizarres, psychotiques, qui ne sont de toute
évidence pas sensés être drôles;
- Maintenir un certain degré de
formalité avec les patients afin qu'ils ne se sentent pas
menacés par ce qu'ils peuvent percevoir comme une
proximité inquiétante;
- Se concentrer sur la survie concrète, au jour le jour, et les capacités sociales;
- Ne pas faire pression sur les patients
afin qu'ils accomplissent plus qu'ils ne se sentent capables
d'accomplir (y compris répondre à un interrogatoire);
- Stucturer les sessions d'interrogatoire pour que les patients sachent ce qui les attend;
- Ne pas les laisser, par exemple, face
à de longues périodes de silence si celles-ci semblent
accentuer leur anxiété;
- Etre conscient de la facilité
avec laquelle les patients peuvent se sentir humiliés ou honteux
à propos d'une insuffisance apparemment mineure (telle que
l'incapacité de se souvenir d'un traitement antérieur).
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2.4. Conclure l'entretien
Le médecin aura à cœur de voir son
patient quitter l'entretien en ayant l'impression d'avoir
été compris et respecté, et le sentiment d'avoir
pu communiquer tous les renseignements importants à un
interlocuteur informé et empathique. Pour cela, le
médecin doit donner au patient la possibilité de poser
des questions, et le mettre au courant, autant que faire se peut, de ce
qu'il envisage pour l'avenir.
Le médecin doit savoir remercier le patient de
lui avoir communiqué les renseignements dont il avait besoin,
tout en lui affirmant que ces renseignements seront précieux
pour clarifier les étapes ultérieures. Toute prescription
de médicaments doit être clairement expliquée, et
le médecin doit s'assurer que le patient a bien compris de quoi
il s'agit, et de comment il doit prendre ses médicaments. Le
médecin doit donner un autre rendez-vous, ou une lettre, s'il
s'adresse à un collègue, en lui indiquant comment obtenir
de l'aide rapidement au cas où le patient en aurait besoin avant
le prochain rendez-vous.
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