Les traitements chimiothérapiques
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Objectifs:
- Connaître les principaux groupes de médicaments utilisés en psychiatrie;
- Connaître les actions des médicaments utilisés en psychiatrie;
- Reconnaître les effets secondaires de ces médicaments;
- rescrire ces médicaments aux malades souffrant de troubles psychiatrique.
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Les traitements chimiothérapiques ont pris une
place importante dans la thérapeutique psychiatrique: ils sont
responsables pour une grande part d'un profond bouleversement dans les
modes de prise en charge des malades mentaux. La possibilité de
modifier rapidement des symptômes autrefois peu accessibles aux
thérapeutiques, tels les états d'agitation, les
états catatoniques, les grands accès dépressifs,
les processus délirants, a entraîné une
modification des conditions d'hospitalisation aux malades en
période aiguë et permis de nouveau mode d'assistance des
malades atteints de psychoses chroniques (réinsertion plus
rapide dans le milieu familial et socio-professionnel, diminution des
temps d'hospitalisation).
Les traitements chimiothérapiques, en
atténuant l'aspect souvent dramatique et impressionnant des
symptômes psychiatriques aigus, contribuent également
à modifier les relations des malades mentaux avec leur
entourage: cette atténuation des attitudes de rejet concerne
aussi le personnel soignant, conscient de disposer en toutes
circonstances et particulièrement devant un épisode aigu
de moyens d'assistance rapides et efficaces.
La classification la plus généralement
admise est la classification clinique proposée par J. Dealy et
P. Deniker en 1957. On distingue trois grands types de psychotropes,
selon leur mode général d'action sur le psychisme.
- Les psycholeptiques qui abaissent le tonus psychique;
- Les psychoanaleptiques qui élèvent le tonus psychique;
- Les psychodysleptiques qui perturbent l'activité mentale.
Au sein de chaque groupe, Delay et Deniker distinguent
des sous-groupes selon l'action pharmacodynamique qui s'exerce
préférentiellement sur la fonction vigile ou sur la
régulation de l'humeur.
Classification des psychotropes de Delay et Deniker
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A) PSYCHOLEPTIQUES
- Agissant sur la vigilance (ou “nooleptiques”)
1. Hypnotiques
- Agissant sur l' humeur (ou “thymoleptiques”)
2. Neuroleptiques
3. Tranquillisants
B) PSYCHOANALEPTIQUES
- Stimulant de la vigilance (ou “nooanaleptiques”)
- Stimulants de l' humeur (ou “thymoanaleptiqes”) ou antidépresseurs.
C) PSYCHODYSLEPTIQUES
- Hallucinogènes ou onirogènes.
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Les neuroleptiques sont les premiers agents thérapeutiques qui ont
permis le traitement pharmacologique des psychoses. On dispose à
l'heure actuelle de nombreux neuroleptiques dont les points d'impact
sur les symptômes-cibles sont divers; ceci permet une assez
grande modulation des soins avec neuroleptiques en fonction des aspects
séméiologiques et évolutifs des psychoses.
L'introduction plus récente de formes “retard” de
ces médicaments a particulièrement favorisé
l'assouplissement des modes de prise en charge des psychotiques
chroniques, en facilitant les soins ambulatoires et la
réinsertion socio-professionnelle et familiale de ces patients.
L'ère du traitement chimiothérapique des
psychoses débute en 1952 avec l'introduction de la
chlorpromazine ( Largactil) . Synthétisée en
France en 1950 par F. Charpentier, elle fut d'abord utilisée par
Laborit comme constituant avec le Phénergan et le Dolosal d'un
“cocktail lytique” destiné à l'hibernation
artificielle. Son premier emploi en clinique psychiatrique (1952)
permit à Delay et Deniker de proposer à son sujet le
terme de “neuroleptique”. L'intérêt se porte
après sur la Réserpine, alcaloïde de Rauwolfia
Serpentina, dont on précisera en clinique les
propriétés analogues (travaux de Weber, Kline, Delay).
2.1.1. Cinq critères expérimentaux (Dealy et Deniker)
- Création d'un état spécial d'indifférence psychomotrice;
- Action réductrice des états d'excitation, d'agitation, des états maniaques;
- Réduction des troubles psychotiques aigus et chroniques;
- Production d'effets neurologiques extrapyramidaux et végétatifs;
- Action sous-corticale dominante.
2.2.2. L'activité des neuroleptiques se définit ainsi essentiellement:
- Par des propriétés thérapeutiques dites
“antipsychotiques”: réduction des symptômes
des psychoses;
- Par leur aptitude spécifique à produire des symptômes neurologiques de type extrapyramidal.
Initialement représentée par trois
prototypes – la Chorpromazine, la Réserpine et
l'Halopéridol – la famille des neuroleptiques s'est
enrichie d'un grand nombre de substances dont on peut proposer la
classification chimique suivante:
2.3.1. Les dérivés de la Phénothiazine
Il existe trois familles de neuroleptiques phénothiaziniques:
Les phénothiazines à chaîne latérale linéaire ou aliphatique qui comportent la chlorpromazine ( Largactil) , la Lévomépromazine ( Nozinan) , l'Acepromazine (Pl é gicil) et un dérivé fluoré, la Triflupromazine (Psyquil).
Les phénothiazines à chaîne latérale pipérazinée sont représentées par la Thiopropérazine (Majeptil) , la Prochlorpérazine (Témentil) , la Perphénazine (Trilifan) et des dérivés fluorés, la Trifluopérazine (Terfluzine) , la Fluphénazine (Moditen) , l'Oxaflumazine (Oxaflumine).
Les phénothiazines à chaîne latérale pipéridinée sont la Thioridazine (Melleril) , la Propéciazine (Neuleptil) , la Périmézine (Leptryl) , la Pipotiazine (Piportil).
2.3.2. Proches chimiquement des phénothiazines se situent:
Les dérivés du Thioxanthène : le Chlorprothixène ( Taractan) et le Flupentixol Emergil, Fluanxol).
Le groupe des Dibenzothiazépines actuellement représenté par la Clotiapine (Eturmine).
2.3.3. Le groupe des Butyrophénones
Le chef de fil est l'Halopéridol (Haldol) . Ce groupe comporte également le Triflupéridol (Tripéridol), la Pipampérone (Dipipéron) , la Fluanisone (Sédalande) , le Dropéridol (Droleptan) , le Benpéridol (Frénactil) et un composé apparenté, le Pimozide (Orap et Opiran).
2.3.4. Le groupe des Benzamides
Il est représenté actuellement par le Sulpiride (Dogmatil) et le Sultopride (Barnétil).
2.3.5. Les alcaloïdes du Rauwolfia
Ils ont représentés par la Réserpine (Serpasil)
dont l'intérêt en clinique psychiatrique est surtout
historique: son abandon tient au pourcentage élevé
d'effets secondaires observés avec ce produit dont
l'efficacité est en outre plutôt inférieure
à celle des autres neuroleptiques.
L'action des neuroleptiques n'est probablement pas
spécifique: il s'agit d'une activité suspensive,
réductrice, s'adressant à des symptômes, à
des comportements plus qu'à des entités nosologiques. On
peut décrire le profil d'action d'un neuroleptique selon trois
dimensions principales:
2.4.1 Action sédative
Elle s'exerce principalement sur l'agitation anxieuse,
l'excitation psychomotrice, les troubles du sommeil.
Particulièrement nette vis-à-vis de l'expansivité
maniaque qu'elle réduit en quelques jours, cette action
sédative déborde largement le cadre des psychoses
aiguës et chroniques: elle s'exerce vis-à-vis de tous les
épisodes psychiatriques comportant une anxiété
importante associée à une agitation psychomotrice. Elle
peut induire, lors du traitement prolongé des psychoses
chroniques, un état de neutralité émotionnelle
avec perte de l'initiative et diminution de l'activité motrice
dont il n'est pas toujours aisé de différencier la part
proprement iatrogène et celle qui revient aux symptômes de
la maladie.
2.4.2. Action anti-psychotique
Il s'agit des modifications induites par les
neuroleptiques sur un aspect particulier des processus psychotiques,
les idées délirantes et les hallucinations.
L'activité anti-psychotique est
particulièrement nette vis-à-vis des hallucinations; cet
effet s'adresse en premier lieu à la productivité
hallucinatoire, alors que les convictions délirantes sont plus
tardivement entamées.
L'activité délirante de type
interprétatif est moins sensible à l'action des
neuroleptiques: la cure neuroleptique atténue cependant de
façon notable l'expansivité et la tonalité
passionnelle souvent associées à ce type de
délire. L'activité délirante de type imaginaire
est la plus réfractaire aux chimiothérapies
neuroleptiques.
2.4.3. Action désinhibitrice ou psychostimulante
On décrit sous ce terme l'activité des
neuroleptiques vis-à-vis des symptômes déficitaires
de la schizophrénie: certains neuroleptiques, appelés
“incisifs” ou “désinhibiteurs” agissent
ainsi plus spécialement sur la passivité, l'inertie, la
neutralité émotionnelle (athymormie), la perte
d'initiative (apragmatisme), le repli autistique liés au
processus schizophrénique. Cet effet thérapeutique
s'obtient généralement lors d'un traitement
prolongé; il est lié le plus souvent à une
amélioration globale du processus psychotique qui permet, en
restaurant la communication du patient avec l'entourage, une
réapparition des désirs, des projets, la reprise d'un
contact plus ou moins riche avec le réel.
Les neuroleptiques induisent avec fréquence de
nombreux effets latéraux de gravité inégale.
Certains, très rares mais graves, pourront imposer
l'interruption immédiate du traitement. D'autres, habituels,
sont gênants mais sans réelle gravité; ils
nécessitent l'adjonction de traitement dits
“correcteurs” destinés à les prévenir
ou à les atténuer.
2.5.1. Les effets latéraux neurologiques
a) des manifestations aiguës:
Il s'agit de dyskinésies, mouvements
involontaires de survenue brutale, paroxystique, souvent
impressionnants pour l'entourage et angoissants pour le patient. Les
accès dyskinétiques les plus fréquents sont:
- des crises oculogyres avec plafonnement incoercible du regard,
- des mouvements de distorsion ou de protraction de la langue gênant l'élocution,
- un blépharospasme ,
- parfois des contractures ou des spasmes de la musculation axiale .
Ces crises dyskinétiques durent quelques heures
et sont spontanément résolutives. Elles n'en
réalisent pas moins des tableaux spectaculaires reconnus et
rapportés à l'origine d'appels urgents du médecin.
Ils doivent être reconnus et rapportés à leur
cause. Ces dyskinésies aiguës s'observent le plus souvent
avec les neuroleptiques incisifs; elles apparaissent dans les premiers
jours du traitement avec des doses souvent minimes. Elles
nécessitent la prescription en urgence d'un anti-parkinsonien
par voie intra-musculaire (Ponalide, Lepticur) dont l'efficacité est rapide.
Certains produits utilisées comme tranquillisants
sont en fait des neuroleptiques susceptibles d'induire des accidents de
cet ordre (Dogmatil, Moditen, Vesadol, Sédalium, Emergil, Mutanxion, Torécan) .
b) le syndrome d'imprégnation neuroleptique:
Il s'agit d'un tableau fréquent, de type
parkinsonien, responsable de la présentation
caractéristique d'un certain nombre de patients. Il peut
apparaître précocément, dès les premiers
jours du traitement; son intensité est extrêmement
variable, inégale selon les sujets et selon le neuroleptique
utilisé. Il comporte:
- un tremblement d'intensité variable, surtout
net aux extrémités, gênant l'exécution des
gestes fins (microphagie);
- une akinésie , parfois évidente
dès l'observation du malade, comportant une rareté du
clignement, une inexpressivité de la mimique, un ralentissement
gestuel global;
- une hypertonie , mise en évidence par la recherche d'une “roue dentée” et d'un blocage du poignet;
- parfois, des manifestations hyperkinétiques :
impatiences motrices, dandinements, akathisie (impossibilité de
rester assis ou couché), tasikinésie (besoin
impérieux de mouvement).
Ce syndrome d'imprégnation neuroleptique
présent à des degrés divers peut nécessiter
l'adjonction au traitement neuroleptique d'un correcteur
anti-parkinsonien prescrit par voie orale; son efficacité est
parfois incomplète.
c) les accidents neurologiques tardifs:
Ils surviennent au cours de traitements neuroleptiques
prolongés (sujets traités plusieurs années et en
général à fortes doses). Il s'agit essentiellement
de dyskinésies de la région bucco-faciale
(“rabbit-syndrom” rappelant chez certains malades les
mouvements péribuccaux du rongeur), de la musculature axiale ou
des membres inférieurs. Ces symptômes, surtout
observés chez la femme âgée, ne sont pas
améliorés par les anti-parkinsoniens et peuvent persister
longtemps après l'interruption des neuroleptiques.
2.5.2. Les syndromes neuro-végétatifs
Les incidents les plus fréquents, surtout
provoqués par les neuroleptiques de type sédatif, sont
liés à l'hypotension orthostatique . On
peut y remédier par un ajustement précis des posologies
et par la prescription d'analeptiques cardio-vasculaires correcteurs de
l'hypotension. La tachycardie sinusale, aux alentours de 90 à
100, est fréquente avec les phénothiazines.
2.5.3. Les effets psychiques
La création possible d'un syndrome d'indifférence psychomotrice :
ce “syndrome de passivité” s'intrique chez les
schizophrènes au repli autistique lié au processus
dissociatif.
Une somnolence diurne , plus nette avec
les neuroleptiques sédatifs, surtout gênante lors des
cures ambulatoires. On peut y remédier en administrant les
posologies maxima le soir.
Des états dépressifs qui
peuvent survenir au cours d'un traitement neuroleptique. Leur
pathogénie est discutée: il faut sans doute incriminer
l'effet proprement dépresseur de certains neuroleptiques (la
Réserpine avant tout, mais aussi la plupart des neuroleptiques
incisifs) tout comme le remaniement psychodynamique profond lié
en particulier à la disparition du délire sous
l'influence du traitement.
2.5.4. Les effets endocriniens et métaboliques
Ils sont présentés par la prise de poids,
parfois très importante, l'aménorrhée, la
galactorrhée (surtout avec la Thioridazine (Melleril) et le Sulpride (Dogmatil) , les perturbations du désir et de la puissance sexuelle (frigidité, baisse de la libido, impuissance).
2.5.5. Les troubles cutanés
L'incident le plus habituel est la photosensibilisation ou lucite
de type allergique survenant lors d'une exposition prolongé au
soleil chez les patients traités par les phénothiazines.
Des manifestations cutanées rares ,
à type de coloration mauve des téguments (purple people)
ont été observées au cours de traitements
prolongés par de très fortes doses de Chlorpromazine. Ce
syndrome peut être associé à des opacifications de
la chambre antérieure de l'œil (cornée et
cristallin).
2.5.6. Les accidents rares dont certains sont graves et imposent l'arrêt du traitement
Le syndrome malin des neuroleptiques est
un accident exceptionnel qui s'observe avec les neuroleptiques
puissants, surtout utilisés par voie parentérale,
principalement en début de traitement chez des sujets fragiles:
pâleur, hyperthermie progressive, adynamie, troubles
respiratoires en sont les symptômes principaux. Il faut y penser
devant toute fièvre inexpliquée; le risque
d'évolution rapidement fatale impose l'arrêt du traitement
et la mise en route d'une réanimation.
Les agranulocytoses parfois
foudroyantes, sont rarissimes, alors que des modifications de la
formule sanguine (leucopénie ou hyperleucocytose) sont plus
souvent mises en évidence.
Les ictères de type cholostatique sont observés au cours de traitements par la Chlorpromazine.
Les accidents phléboemboliques sont provoqués par certaines phénopthiazines.
Les crises convulsives sont parfois observées avec de fortes doses de neuroleptiques.
Il est difficile d'établir un schéma
standard d'une cure neuroleptique. Les modalités
diffèrent en effet selon qu'il s'agit:
- Du traitement d'urgence d'un état psychotique aigu,
- Du traitement prolongé d'une psychose chronique et tout
spécialement d'une schizophrénie. On peut tenter d'en
dégager cependant quelques grands principes:
2.6.1. Le choix du neuroleptique
Dans les pays occidentaux, il existe actuellement des
lignes directrices sur le choix des neuroleptiques. Ces lignes mettent
en évidence le besoin de commencer par des neuroleptiques de
première génération, moins chers que les produits
récents. Ces lignes directrices existent pour toutes les grandes
pathologies mentales, pas seulement les psychoses.
Le choix du neuroleptique est fonction essentiellement
des symptômes-cibles prévalents et donc de la relative
spécificité d'action du neuroleptique sur tel ou tel
ordre de symptômes. On dispose ainsi:
• De neuroleptiques sédatifs aux
effets végétatifs marqués. Leurs pôles
d'action préférentiels sont l'anxiété
psychotique, délirante, les phénomènes de
dépersonnalisation, les troubles du sommeil, l'agitation. Les
plus sédatifs sont le Nozinan , le Tercian , l' Etumine ; le Neuleptil est surtout utilisé comme réducteur de l'agressivité, le Théralène comme inducteur du sommeil.
• De Certains neuroleptiques s édatifs
à action rapide et de durée assez brève sont
utilisés surtout par voie parentérale pour obtenir la
sédation d'épisodes d'excitation aiguë. Il s'agit de
deux Butyrophénones, le Droleptan et la Sédalande .
• De neuroleptiques à effets mixtes , sédatifs et incisifs à la fois, le Largactil , le Psyquil , le Piportil.
• De neuroleptiques “incisifs” dont
les effets anti-psychotiques sont très marqués, ce qui
n'exclut pas une certaine polyvalence de leur action. Ils induisent
plus d'effets latéraux neurologiques que les neuroleptiques
sédatifs. Certains ont un effet plus anti-hallucinatoire (Haldol).
D'autres plus “désinhibiteurs” s'adressent de
façon globale au vécu délirant et aux
symptômes déficitaires de la schizophrénie. On peut
citer parmi les plus incisifs, le Majeptil, le Moditen, la Terfluzine, le Tripéridol .
• De neuroleptiques à durée d'action prolongée
(N.A.P) dont l'apparition a grandement facilité la cure
au cours des psychoses chroniques. Ils sont administrés en
solution huileuse par voie intra-musculaire, une hydrolyse lente
libérant régulièrement le neuroleptique dans
l'organisme. Leur intérêt réside: (a) dans la
sécurité quant à la prise du traitement; (b) dans
la réduction des doses totales administrées; (c) dans le
caractère moins contraignant pour le patient que la prise
quotidienne de neuroleptiques per os. Ce
nouveau mode de traitement introduit le risque d'une certaine
automatisation qui doit être évitée par la
poursuite d'une prise en charge vigilante à intervalles
rapprochés. On dispose à l'heure
actuelle, de cinq “neuroleptiques retard”
administrés par voie intra-musculaire et d'un neuroleptique
retard administré par voie orale (Sémap) .
2.6.2. Conduite de la cure neuroleptique
a) Le traitement d'un épisode aigu (bouffée
délirante, confusion mentale, accès maniaque, moment
évolutif aigu d'une schizophrénie ou d'un délire
chronique) est généralement pratiqué en milieu
hospitalier: les modalités de prescription en sont
facilitées, les posologies pouvant être d'emblée
à leur niveau le plus efficace. On préfère en
début de traitement la voie intra-musculaire, le plus rapidement
active et souvent mieux tolérée par des patients
délirants et hostiles à la prise orale d'un
médicament. La répartition des injections ou des prises
en deux ou trois fois dans la journée permet un étalement
favorable à l'action thérapeutique. Les posologies sont
très variables selon le neuroleptique utilisé, la
susceptibilité du patient, les habitudes de prescription du
médecin.
Certains associent d'emblée deux neuroleptiques,
l'un sédatif, l'autre incisif. La prescription simultanée
de plus de deux neuroleptiques n'est jamais ou très rarement
justifiée. Il est nécessaire de surveiller
quotidiennement pouls et tension artérielle: la constatation
d'une hypotension orthostatique invite, lorsqu'elle est gênante
pour le patient ou important numériquement, à recommander
l'alitement après les injections; il peut être utile de
prescrire des correcteurs ( Heptamyl, Di-hydro-ergotamine, Néosynéphrine ).
On prescrit habituellement des anti-parkinsoniens avec les neuroleptiques incisifs:
- Trihexyphénidyle ( Artane 5 à 15 mg/24 heures),
- l'Orphénadrine ( Disipal 1 à 2 comprimés à 50 mg/24 h),
- la Benzotropine ( Cogentine , 1 à 2 mg 3 fois par jour),
- le Bipéridène ( Akinophyl 2 à 4 comprimés par jour).
On dispose actuellement de deux anti-parkinsoniens retard ( Akineton Retard, Parkinane Retard ). Le Lepticur aurait une action anti-dyskinétique particulièrement nette.
Le passage de la forme injectable à la forme
orale du neuroleptique est progressivement réalisé
lorsque la symptomatologie est suffisamment contrôlée.
La durée du traitement d'attaque d'un
épisode aigu est difficile à schématiser: on peut
estimer cependant que, si l'amélioration se manifeste souvent
dans la première quinzaine du traitement et parfois très
vite, on ne peut juger de la qualité du résultat
qu'après deux ou trois mois d'un traitement continu. Il n'est
pas souhaitable en règle générale de substituer un
neuroleptique à un autre avant d'avoir pu en évaluer
l'efficacité sur une période suffisamment longue.
b) Le traitement d'entretien : la
durée du traitement d'entretien par les neuroleptiques est
variable selon les cas: il peut être progressivement
diminué puis interrompu après quelques mois lors du
traitement des psychoses délirantes aiguës; il sera
poursuivi plusieurs années, voire indéfiniment, lors du
traitement des schizophrénies et des psychoses délirantes
chroniques. Il faut souligner dans ce cas l'intérêt
d'intégrer la chimiothérapie dans une relation
psychothérapique de bonne qualité. La cure neuroleptique
prolongée d'une psychose ne se conçoit en effet que dans
le cadre d'une prise en charge globale du patient; ceci implique, outre
le maintien d'une relation de soutien, voire d'une
psychothérapie plus structurée, la prise en charge
permanente de tous les éléments du contexte familial et
socio-professionnel.
Le traitement d'entretien consistera, soit dans la poursuite d'une chimiothérapie per os
comportant le ou les neuroleptiques utilisés en phase aiguë
et dont les posologies auront été progressivement
diminuées, soit dans le passage à la forme retard du
neuroleptique utilisé en phase aiguë. La surveillance
continue du traitement impose, entre autres:
- pour tenir compte des effets latéraux neurologiques,
souvent gênants pour le patient, surtout à la
période où s'amorce le retour dans la vie familiale et la
résocialisation. Le traitement associé par les
anti-parkinsoniens doit être parfois poursuivi; un
réajustement des posologies du neuroleptique peut être
souhaitable.
- pour les prises de poids excessives qui peuvent nécessiter la prescription de mesures diététiques.
- Le dépistage d'états dépressifs peu
schématisés fréquents à ce stade de
l'évolution, associant bradypsychie, troubles de la
concentration, lassitude et comportant de réels risques de
passage à l'acte suicidaire. Ils devront être
corrigés par des mesures chimiothérapiques
(anti-dépresseurs) et psychothérapiques
appropriées. La dose d'entretien idéale d'un
neuroleptique est celle qui permet la continuité de la
prescription donc une réduction efficace des symptômes
psychotiques pour un minimum d'effets latéraux gênants.
On désigne sous ce terme un vaste groupe de
produits, hétérogènes sur le plan biochimique et
pharmacologique, dont le trait commun est une action nettement
réductrice sur les symptômes psychiques et physiques de
l'anxiété. Les tranquillisants se différencient,
dans la classification de Delay et Deniker, des autres psycholeptiques
également pourvus d'effets sédatifs:
- Des neuroleptiques par leur absence d'action anti-psychotique et d'effets latéraux neurologiques de type extrapyramidal;
- Des hypnotiques par leur absence d'action directe sur le sommeil.
La généralisation de leur emploi qui
déborde largement le cadre de la psychiatrie a pu susciter
certaines réserves: ils ont en psychiatrie des indications
précises mais ne peuvent constituer l'unique réponse
à la demande d'un malade, quelle que soit
l'anxiété avec laquelle elle s'exprime. Ils peuvent par
contre favoriser l'instauration d'une relation médecin-malade de
qualité psychothérapique.
Il existe plusieurs familles chimiques de
tranquillisants, très différentes les unes des autres.
Les deux groupes principaux sont les carbamates et les
benzodiazépines.
3.1.1. Les carbamates
Le principal représentant est le Méprobamate ( Equanil, Procalmadiol),
très utilisé sous forme injectable dans les
délires confuso-oniriques des alcooliques et aussi le
méthyl-pentyl-carbamate ( Statran ), le carbamate de méthyl-pentynol ( N-Oblivon ), le Butésamide ( Modéril ).
3.1.2. Les Benzodiazépines
L'importance pratique et numérique ne cesse de
croître. Il s'agit d'un groupe assez homogène de
médicaments maniables et peu toxiques dont le chef de fil est le
Diazépam ( Valium) , utilisé à la fois pour ses propriétés anxyolitiques, anti-convulsivantes et myorelaxantes.
3.1.3. Les dérivés pipérazinés
- Hydroxyzine ( Atarax)
- Diphécloxazine (Olympax)
3.1.4. Le groupe des alcools
3.1.5. Divers autres tranquillisants
- Benzoctamine (Tacidine)
- Valnoctamide (Nirvanil)
- Trimétozine (Opaléne)
L'effet thérapeutique principal des
tranquillisants est leur action sur l'anxiété sous toutes
ses formes. Ils agissent en effet sur les manifestations psychiques et
somatiques de l'anxiété névrotique ou
réactionnelle. Ils ont également un effet inducteur de
sommeil dans les insomnies liées à l'angoisse. Certains
tranquillisants sont utilisés comme hypnotiques soit seuls comme
le Nitrazépam (Mogadon) , soit en association à d'autres inducteurs du sommeil (Méprobamate dans la Mépronizine et le Noctadiol ; Clorazépam dans le Noctran) .
Leur activité s'exerce également dans le domaine
neuro-végétatif et viscéral soit par diminution de
la tension émotionnelle soit par un effet myorelaxant (notamment
avec le Diazépam). Le champ de leurs indications est
extrêmement vaste:
3.2.1. En médecine générale
Ils ont de multiples indications tant en cardiologie qu'en gastro-entérologie et en rhumatologie.
3.2.2. En psychiatrie
Les tranquillisants ont essentiellement deux types d'indications:
a) L'anxiété névrotique sous toutes ses formes
- Crise aiguë d'angoisse où la prescription de tranquillisants par voie intra-musculaire qu'il s'agisse de l'Equanil (ampoule de 400 mg), du Valium (10 mg), du Tranxène (20 ou 50 mg), entraîne une sédation rapide et atténue une dramatisation néfaste.
- anifestation d'anxiété plus permanente
chez des sujets présentant une névrose, une
personnalité névrotique ou des troubles
caractériels exacerbés par une situation de conflit.
Les tranquillisants ne doivent pas être
utilisés dans le traitement des psychoses: ils réduisent
incomplètement l'anxiété psychotique mais peuvent
être associés aux neuroleptiques dont ils permettent
parfois de diminuer les doses.
Leur prescription est fréquente dans le
traitement des états dépressifs associés aux
antidépresseurs, ils atténuent l'effet anorexigène
des plus puissants d'entre eux, favorisent la restauration du sommeil,
contribuent à diminuer les risques de passage à l'acte au
moment de la levée de l'inhibition chez les
déprimés mélancoliques. Ils ne doivent en aucun cas être prescrits seuls chez les déprimés :
le risque serait, en atténuant superficiellement
l'anxiété liée à la dépression, de
masquer le noyau dépressif sur lequel ils sont sans action.
b) Les épisodes confuso-oniriques de l'alcoolisme chronique
Le delirium tremens et les délires alcooliques
subaigus sont une indication majeure de l'emploi des tranquillisants.
On utilise surtout l' Equanil 400 mg intra-musculaire (2 à 10 ampoules apr 24 heures), le Valium et le Tranxène
injectables. Sous forme orale, les tranquillisants sont très
utiles au cours des cures de désintoxication et lors des
premiers mois du sevrage.
Il s'agit de médicaments assez faciles à
manier du fait de la modicité de leurs effets secondaires. Il
convient toutefois de s'assurer de la susceptibilité
individuelle du patient vis-à-vis du médicament
utilisé. La seule contre-indication absolue est la
myasthénie. Il est préférable de commencer un
traitement par des doses assez faibles en augmentant progressivement
les posologies par paliers jusqu'à la dose thérapeutique.
Celle-ci, variable selon les sujets et selon les produits
utilisés, est difficile à schématiser. La voie
orale est la voie d'administration habituelle. La voie intra-musculaire
est surtout utilisée en milieu hospitalier, dans le traitement
des crises d'angoisse aiguës et des syndromes confuso-oniriques de
l'alcoolisme.
La surveillance du traitement tient compte de deux sortes d'écueils:
3.3.1. Les troubles de la vigilance
La somnolence peut être gênante surtout en
début de traitement et avec certaines benzodiazépines
assez sédatives ( Valium, Témesta en particulier ).
Elle pose surtout un problème au cours des traitements
ambulatoires chez les sujets qui poursuivent une activité
professionnelle. Il est souhaitable de prévenir les malades de
la survenue possible de ce type d'effets, de leur conseiller
d'éviter la conduite automobile surtout au début du
traitement. Il faut être prudent dans la prescription de
tranquillisants chez des sujets qui effectuent un travail sur machines.
Les malades doivent aussi être avertis de la potentialisation des
effets sédatifs des tranquillisants par l'alcool, donc de la
nécessité d'éviter la prise de boissons
alcoolisées pendant le traitement. On peut atténuer une
somnolence diurne gênante en prescrivant la majeure partie de la
dose quotidienne le soir.
3.3.2. Les risques de toxicomanies vraies
Ces risques sont minimes avec les tranquillisants ce qui
constitue un de leurs avantages par rapport aux barbituriques qui
peuvent être responsables d'intoxications chroniques
sévères. Il convient toutefois de différencier:
a) Les carbamates (Méprobamate, Equanil)
L'usage immodéré peut entraîner une
pharmaco-dépendance avec syndrome d'abstinence et accidents
aigus à type de crises convulsives ou de myoclonie lors du
sevrage.
b) Les benzodiazépines
Elles n'entraînent ni dépendance physique,
ni assuétude. On peut cependant observer chez certains sujets
des abus par habitude, voire des auto-prescriptions de tranquillisants
vis-à-vis desquels se développe une appétence
élective.
Médicaments de l'humeur dépressive, les
anti-dépresseurs ont pris une importance de plus en plus grande
dans la thérapeutique psychiatrique depuis 1957, date de
l'emploi des premiers d'entre eux, l'Imipramine par Kuhn et
l'Iproniazide par Kline.
Si tous les anti-dépresseurs ont une analogie
d'action, leur emploi et leurs effets secondaires varient selon leur
origine chimique.
4.1.1 Les dérivés tricycliques
Ils possèdent en commun un noyau tricyclique
iminodibenzyle; leur structure chimique est assez voisine de celle des
phénothiazines. Il est à signaler, sur le plan
pharmacologique, qu'ils exercent une action de type parasympatholytique
à l'origine d'effets secondaires de type
“atropinique”. Leur effet thérapeutique principal
est un redressement de l'humeur chez des sujets présentant une
psychose maniaco-dépressive. Il faut signaler également
le risque de réactivation de certaines productions
délirantes ou hallucinatoires des schizophrènes
chroniques.
Leur point d'impact chez les déprimés concernent essentiellement:
- L'humeur dépressive sur laquelle ils agissent après un délai d'environ 10 jours;
- L'inhibition, l'asthénie psychique et le ralentissement psychomoteur;
- Les symptômes somatiques, plaintes hypocondriaques ou
algies diverses, associés aux dépressions ou les
résumant (équivalents dépressifs).
On peut établir des distinctions entre les
dérivés tricycliques selon leurs effets stimulants ou
sédatifs et éventuellement anxiolytiques.
a) Les Imipraminiques, anti-dépresseurs
stimulants et peu sédatifs, nécessitent l'adjonction de
médications destinées à atténuer
l'anxiété qu'ils peuvent libérer ou accentuer.
Outre l'imipramine (Tofranil) , ils comprennent la Clomipramine (Anafranil) et la Désiparmaine (Pertofran) ; la Triméprimine (Surmontil) est nettement sédative.
b) L'Amitriptyline
fait partie du groupe des Dibenzo-cycloheptadiènes. Il s'agit
d'un anti-dépresseur dont l'effet sédatif est
marqué, l'action anxiolytique nette, les effets sur l'inhibition
peuvent être moins puissants que ceux de l'imipramine. Elle
trouve son indication de choix dans les syndrômes
dépressifs à forte composante anxieuse. Outre
l'Amitriptyline (Laroxyl ou Elavil) ce groupe comporte la Nortriptyline ( Psychostyl) dont l'action anti-dépressive est plus modeste et la Protriptyline (Concordine) plus stimulante que sédative.
c) D'autres tricycliques ont une action thérapeutique mixte anxiolytique et anti-dépressive: Dibenzépine (Novéril, Ecatril) , Doxépine (Sinéquan, Quiltaxon).
d) Un anti-dépresseur tétracyclique , la Matrotiline (Ludiomil) possède des propriétés pharmacologiques et thérapeutiques voisines de l'amitriptyline.
4.1.2. Les inhibiteurs de la mono-amino-oxydase (IMAO)
Leur action s'exerce à un niveau enzymatique. Ils
inhibent l'action de la mono-amine oxydase sur le catabolisme des
amines biogènes (Adrénaline et Sérotonine),
contribuant ainsi à élever leur taux dans l'organisme.
Ils sont, contrairement à certains tricycliques,
dépourvus d'effets sédatifs initiaux. Ils ont une action
nette sur l'humeur mais la gravité de certains de leurs effets
secondaires, leurs incompatibilités d'association nombreuses, la
lenteur de leur élimination (10 à 15 jours), donc les
difficultés de leur maniement, les ont relégués au
second plan dans le traitement chimiothérapique des
dépressions. Il s'agit parmi les hydrazines de l'Iproniazide (Marsilid), de la Nialamide (Niamide) , de l'Iproclozide (Sursum) , de l'Isocarboxazide (Neuralex), parmi les non hydraziniques de la Tranylcipromine ( Tylciprine). Ils
conservent des indications dans les dépressions
névrotiques; ils ont une effet stimulant chez le
psychasthénique.
4.2.1. Avec les dérivés tricycliques
Le schéma thérapeutique diffère sensiblement selon la gravité de l'état dépressif.
Pour une dépression grave ,
le type en étant l'accès mélancolique, le
schéma est le suivant: l'hospitalisation est indiquée
pour le traitement d'attaque; elle permet, après un bilan
clinique complet, la mise en route rapide d'une chimiothérapie
à doses élevées et la surveillance qui s'impose.
Cette surveillance s'exerce tant au niveau des symptômes
(anxiété, redressement voire virage del'humeur, risque
suicidaire au moment de la levée de l'inhibition) qu'au niveau
des effets secondaires (prise régulière du pouls et de la
tension artérielle).
On peut utiliser d'emblée la voie parentérale par perfusions intra-veineuses : la Clomipramine ( Anafranil)
par exemple, à raison d'une ampoule de 25 mg le premier jour
dans une perfusion de 250 ml de sérum physiologique ou
glucosé isotonique, à passer en 2 ou 3 heures dans la
matinée, la dose maximum étant atteinte en 4 à 6
jours, à raison de 3 à 4 ampoules quotidiennes (75
à 100 mg), en fonction de la tolérance du sujet.
L'amélioration apparaît en général au bout
de 8 à 10 jours de traitement, l'administration intra-veineuse
du produit étant poursuivie pendant 15 à 20 jours. Le
relais est pris ensuite par la voie orale, à une dose
légèrement supérieure à la dose
administrée en perfusion (150 à 200 mg).
Les injections intra-musculaires peuvent être préférées. On prescrit par exemple 1 à 2 ampoules à 25 mg de Tofranil, d'Anafranil ou de Laroxyl
le premier jour. Les doses sont progressivement augmentées en
fonction de la tolérance du sujet jusqu'à 4 à 6
ampoules (100 à 150 mg par 24 heures). Après 15 jours et
souvent plus précocement, par substitution progressive, le
relais est pris par la forme orale.
La voie orale peut
être choisie d'emblée: les posologies seront alors
augmentées de façon progressive jusqu'à une dose
maxima de 150 à 200 mg du produit choisi; les prises sont
réparties en trois fois dans la journée, la
dernière prise étant donnée vers 16 heures pour
éviter d'accentuer l'insomnie (exception faite pour le Laroxyl, le Surmontil, et le Ludiomil qui peuvent être prescrits le soir).
Pour un état dépressif d'intensité moyenne , la cure ambulatoire
est possible: il est prudent de commencer alors, après le bilan
clinique, par des doses réduites, très progressivement
augmentées selon la tolérance du patient jusqu'aux
posologies habituelles (100 à 200 mg). On utilisera de
préférence en ambulatoire des anti-dépresseurs
bien tolérés, aux effets secondaires
modérés.
Quelle que soit la voie d'administration, le
délai d'action de la chimiothérapie
anti-dépressive est de 8 à 10 jours et parfois davantage.
Le recours aux formes parentérales, s'il permet une
sécurisation plus importante des patients et médiatise
souvent une relation thérapeutique de réassurance, ne
semble pas raccourcir ce délai.
La durée du traitement, liée bien
sûr à l'évolution de la symptomatologie, n'est
jamais inférieure à 2 mois pour une dépression
grave. Il est souvent poursuivi plus longtemps, les posologies
étant réduites de manière progressive. Les
premiers éléments symptomatiques d'une rechute (troubles
de l'humeur, perturbations du sommeil, amaigrissement…) doivent
faire augmenter les doses.
- Surveillance du traitement et correction des effets secondaires: l'insomnie et la réactivation de l'anxiété
liées au moins autant à la dépression
elle-même qu'aux effets propres des tricycliques,
nécessitent en général l'adjonction soit de
tranquillisants, soit de neuroleptiques sédatifs type Nozinan ou Melleril.
On peut voir survenir des troubles neurologiques, tremblement fin
des extrémités gênant l'exécution des gestes
précis et perturbant l'écriture, parfois une dysarthrie; ils sont difficiles à corriger, sinon par un ajustement des posologies et la prescription d'Atrium. L'action anti-cholinergique est responsable d'une sensation de bouche sèche, traitée plus ou moins efficacement par les cholérétiques ( Surfarlem); d'accès sudoraux; d'une gêne de l'accommodation perturbant la vision; d'une dysurie; d'une constipation qui
peut être prévenue par l'administration de mucilages voire
de lavements doux pour éviter la survenue d'iléus
paralytique.
La surveillance bi-quotidienne de la tension
artérielle dépistera une éventuelle hypotension
orthostatique, souvent révélée par la survenue de
lipothymies au lever. On peut conseiller au patient l'alitement
après la prise du médicament, la prudence dans le passage
de la position couchée à la position debout, et adjoindre
au traitement des vasopresseurs (Heptamyl, Néosynéphrine) ou un vaso-régulateur (Dihydroergotamine).
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D'autres effets secondaires plus rares sont à connaître:
- Troubles du rythme cardiaque, qui
rendent souhaitable la pratique systématique d'un
électrocardiogramme afin de dépister d'éventuelles
anomalies de la conduction, contre-indications du traitement.
- Altérations de
l'electro-encéphalogramme, voire crises comitiales (grande
prudence dans les doses chez les sujets ayant des
antécédents comitiaux).
- Episodes confusionnels surtout
fréquents chez des sujets âgés, aux
antécédents vasculaires, et lorsque le tricyclique est de
type sédatif ou associé à des tranquillisants.
|
• Contre-indications absolues: glaucome à angle fermé, adénome prostatique, coronarite.
4.2.2. Avec les IMAO
Ils ne sont pratiquement utilisés que sous forme
orale. La gravité de certains effets secondaires, leurs
nombreuses incompatibilités médicamenteuses, en font des
substances d'un maniement délicat. En France, ils sont
actuellement peu utilisés.
Le traitement d'attaque d'un état
dépressif sévère sera effectué de
préférence en milieu hospitalier. La posologie maximum
est atteinte par paliers progressifs en 4 à 6 jours, maintenue
pendant au moins 4 semaines, puis diminuée par piliers
jusqu'à une dose quotidienne habituelle pour:
- l'Iproniazide – Marsilid – est de 100 à 150 mg,
- la Nialamide – Niamide – de 200 à 300 mg,
- l'Isocarboxazide – Marplan – 30 à 50 mg).
Les contre-indications des IMAO dépendent
essentiellement de l'état général du patient:
après un bilan clinique et para-clinique, on éliminera
les sujets âgés ayant présenté des accidents
vasculaires cérébraux et les sujets présentant une
atteinte hépatique (risque d'hépatite toxique). La
surveillance du traitement concerne principalement la tension
artérielle dont la prise bi-quotidienne est indispensable. Deux
types d'accidents sont à redouter:
- une hypotension orthostatique ,
fréquente, qui peut être corrigée par un
aménagement des modalités de prescription (alitement
après les prises) ou une réduction transitoire des doses.
L'emploi de médications vaso-pressives est formellement proscrit;
- des crises d'hypertension paroxystique qui
peuvent survenir de manière imprévisible ou à
l'occasion d'une association médicamenteuse malencontreuse. Leur
symptomatologie, liée à la poussée tensionnelle
parfois très importante, associe des céphalées
intenses d'apparition brutale à des sueurs, une raideur de la
nuque, une photophobie, des nausées ou vomissements.
L'évolution peut être fatale. Le traitement d'urgence
consiste en l'administration I.M. de Largactil 25 à 50 mg, avec arrêt immédiat de l'IMAO.
- Les associations médicamenteuses formellement contre-indiquées sont:
- Tous les vasopresseurs (sympathomimétiques),
-
Les amphétamines et les amphétamines anorexigènes,
-
Les anti-dépresseurs tricycliques,
-
Les morphiniques naturels et surtout de synthèse ( dolosal ),
-
Les anesthésiques et les barbituriques.
La prudence est recommandée d'autre
part du fait de potentialisation dans l'association des IMAO aux
phénothiazines, aux hypotenseurs, aux antiparkinsoniens. Il est
nécessaire d'informer le patient de risques inhérents
à l'absorption d'aliments contenant de la tyramine qui augmente
le taux des catécholamines. On prescrit un régime
alimentaire excluant formellement les fromages fermentés, les
bananes et toutes boissons alcoolisées.
La lenteur d'élimination des IMAO exige le
respect d'un délai de trois semaines après leur
interruption avant la reprise de toute chimiothérapie
anti-dépressive par les tricycliques. Par contre, on peut
prescrire des IMAO, 48 h après l'arrêt de tricycliques.
L'utilisation des sels de Lithium s'est très
répandue en psychiatrie depuis quelques années. Leur
emploi a profondément modifié le profil évolutif
des psychoses maniaco-dépressives; leur rôle
préventif vis-à-vis de la récurrence des
accès maniaques ou dépressifs est démontré
de manière indiscutable. La possibilité de doser avec
précision le taux de Lithium sanguin (lithiémie), donc
d'éviter par une surveillance régulière de
redoutables accidents de surdosage, est à l'origine de la
généralisation de l'emploi des sels de Lithium.
La psychose maniaco-dépressive représente
l'indication principale des sels de Lithium. Ils ont deux types
d'effets thérapeutiques vis-à-vis de cette maladie.
a) Une action curative sur les accès maniaques :
Elle est nette vis-à-vis des accès
maniaques. Les sels de Lithium entraînent une normalisation de
l'humeur expansive qui ne s'observe que lorsque le taux de la
lithiémie est atteint, habituellement à partir du 8 e ou
10 e jour de traitement. Dans la plupart des cas, du fait du
délai d'apparition de cette action anti-maniaque, le traitement
par le Lithium d'un accès maniaque sera associé au
traitement par les neuroleptiques dont l'action sédative
intervient beaucoup plus vite. L'efficacité versée; les
sels de Lithium utilisés seuls ne sauraient se substituer aux
anti-dépresseurs classiques. Certains cependant
préconisent chez les bipolaires l'utilisation concomitante des
anti-dépresseurs et du Lithium dans le but de prévenir
une éventuelle inversion brutale de l'humeur ou
l'apparition ultérieure d'un accès maniaque.
b) Une action préventive des rechutes:
Elle représente actuellement l'indication
principale des sels de Lithium. Un recul de plus de dix ans, depuis les
travaux initiaux de Hartigan, de Baastrup, de Schou, permet d'affirmer
l'activité préventive indéniable du Lithium sur
les accès maniaques et dépressifs dans le cadre de la
psychose maniaco-dépressive. Les meilleures indications du
Lithium sont les formes évolutives dites
“bipolaires” de cette affection, dans lesquelles alternent
les états dépressifs et les états d'excitation.
Dans les formes “monopolaires”, la mise au Lithium se
justifie vis-à-vis des formes comportant la
répétition d'accès dépressifs
rapprochés.
c) D'autres indications sont plus controversées:
Il semble cependant qu'il puisse y avoir un
intérêt à prescrire les sels de Lithium dans
certaines schizophrénies (psychoses cycloïdes –
formes schizo-affectives) au cours desquelles apparaissent des
variations cycliques de l'humeur. Le Lithium permettrait
d'atténuer les manifestations cliniques proprement thymiques
sans agir directement sur les productions délirantes ou
hallucinatoires. Dans ces cas, le traitement par le Lithium est
associé à la chimiothérapie habituelle.
La conduite du traitement par les sels de Lithium est
bien codifiée. Il s'agit, au prix d'une grande rigueur dans son
utilisation, d'une thérapeutique d'un maniement aisé.
a) Modalités de prescription:
Les sels de Lithium sont administrés per os, leur
posologie étant progressivement croissante jusqu'à
l'obtention d'une lithiémie efficace comprise entre 0,70 et 1 mEq/litre .
On débute en pratique à 500 mg de carbonate de Lithium
(comprimés à 250 mg commercialisés sous le nom de Téralithe ) ou 10 ml de Gluconate de Lithium ( Neurolithium )
en pratiquant deux dosages sanguins par semaine. On augmente
progressivement les doses réparties en 2 ou 3 prises
quotidiennes jusqu'à l'obtention d'une lithiémie
efficace. Lorsque l'équilibre est atteint, en deux ou trois
semaines généralement, la concentration sanguine du
Lithium est contrôlée de façon mensuelle. La
lithiémie sera bien sûr contrôlée en cas de
rechute d'accès ou de signes cliniques évoquant un
surdosage.
b) Le bilan préalable comporte essentiellement :
(i) Un contrôle biologique de la fonction rénale :
le Lithium n'est pas néphrotoxique mais un déficit,
même modéré, de la fonction rénale peut
entraîner l'apparition d'une surcharge en lithium. Le bilan
comprendra la recherche d'une albuminurie, celle d'une infection
latente (étude du culot urinaire, du débit
hématies-leucocytes minute), le dosage de l'azotémie et
de la créatinémie.
(ii) Un bilan ionique par un
ionogramme sanguin initial, la constatation d'une hyponatrémie
interdisant la prescription des sels de Lithium (risque de
réabsorption tubulaire excessive du Lithium en cas de
déficit sodé).
(iii) Un bilan cardiovascualire et ECG:
la constatation de troubles du rythme, d'une hypertension
artérielle, d'une insuffisance cardiaque ou coronarienne invite
à la prudence. Il est recommandé d'éviter les
régimes désodés au cours d'un traitement par les
sels de Lithium: un tel régime tend à abaisser la
clearance du Lithium et donc à favoriser les accidents de
surdosage.
(iv) Un bilan thyroïdien (réflexogramme achillien); un dysfonctionnement thyroïdien contre-indique le Lithium.
(v) Un bilan neurologique avec EEG, la
présence de lésions cérébrales organiques
favorisant la survenue possible de syndromes confusionnels.
(vi) Un bilan gynécologique
éventuel, afin de s'assurer de l'absence de grossesse en cours.
L'évolution d'une grossesse contre-indique en effet la poursuite
du Lithium dont l'action tératogène est probable.
c) Effets secondaires et prévention des accidents de surdosage: on peut distinguer 2 types principaux d'effets secondaires avec les sels de Lithium:
(i) Les uns sont plus gênants que vraiment dangereux.
Ils s'atténuent en général progressivement mais
certains peuvent persister sous traitement. Il s'agit d'effets
réversibles qui disparaissent quand on interrompt le traitement.
Les principaux signes sont: un tremblement fin des
extrémités, rarement accompagné d'une dysarthrie,
qui n'est pas corrigé par les anti-parkinsoniens mais peut
s'atténuer sous Atrium ou béta-bloquants ou disparaître malgré la poursuite du traitement; des troubles digestifs, à type de nausées, de douleurs abdominales, de selles molles , une sensation de faiblesse musculaire avec impression de lourdeur des membres; une soif avec polydipsie et polyurie qui peuvent être très importantes; une prise de poids plus nette chez la femme: on observe le développement de goitre , généralement euthyroïdien, dans 3% des cas.
(ii) D'autres effets sont des “symptômes d'alarme”
qui doivent faire suspecter un surdosage et imposent une
vérification de la lithiémie. Ces intoxications
surviennent de façon aiguë après ingestion massive
dans un but suicidaire. Elles peuvent également s'observer dans
tous les cas où l'élimination urinaire du lithium se
trouve diminuée: maladie rénale, affection
fébrile, régime désodé, prise
prolongée de diurétiques. Ces “symptômes
d'alarme” sont: un état nauséeux important, des
vomissements, une diarrhée, la recrudescence du tremblement, une
lassitude avec somnolence, des vertiges, une dysarthrie. L'apparition
d'un ou plusieurs de ces symptômes nécessite un
contrôle immédiat de la lithiémie.
Le tableau de l'intoxication confirmée comporte,
outre les signes précités, un trouble de la conscience
pouvant aller jusqu'au coma , avec hypotonie et hyperreflectivité ostéotendineuse. On peut observer des crises convulsives, des fasciculations
et des mouvements d'extension des bras et des jambes avec respiration
stertoreuse. L'arrêt immédiat du lithium s'impose, ainsi
qu'un contrôle du métabolisme hydroélectrolytique
et parfois une assistance respiratoire, une hémodialyse.
d) La durée du traitement:
Lorsque les sels de Lithium sont prescrits dans un but
prophylactique, le traitement doit être poursuivi en principe
indéfiniment avec contrôle lithiémiques
réguliers.
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